Quelle est l'émotion qui a mystifié tout le monde? Quelle est l'émotion qui
a commencé beaucoup de guerres comme il l'a fini? Quelle émotion a eu plus de
pièces de théâtre, des chansons et des poèmes? C’est l'amour ; l’émotion
qui se fait des ennemis en amis et les amis en ennemis. Tant de légendes
entourent cette émotion, de la déesse Athéna et Hélène de Troie de Roméo et
Juliette de Shakespeare. L'amour vient dans tant de différents niveaux, amour
de la famille, frères et sœur, mère enfant et même celui de l’amitié. Cependant
un autre niveau à l'amour, est le lien qui rapproche l'homme et la femme
ensemble. Ce niveau est parmi les meilleurs de touts. Mais aussi le pire de
touts. Comme l’amour peut nous rendre fortuné et satisfaisant, il peut
également nous rendre miséreux et pitoyable. A titre d’exemple dans le poème
d’Apollinaire : les colchiques, l’auteur souffre de sa bien aimée Annie
Playden et aborde le thème de l’amour et la souffrance a travers plusieurs
aspects, tout d’abord par un renversement d’un cliché, ensuite par l’utilisation
du symbolisme et le surréalisme, enfin en jouant avec la structure du poème. La
problématique du texte porte sur le genre même du texte : il s'agit bien ici de
poésie, dans le sens où c'est un texte en vers, constitué de strophes,
d'alexandrins plus ou moins réguliers, et de rimes. Mais en quoi ce poème
est-il novateur, tant en ce qui concerne la forme qu'en ce qui concerne les
thématiques abordées? Autrement dit : Comment Apollinaire a-t-il présenté
une image de la femme d’une manière novatrice, surréaliste et symbolique ?
En
premier lieu, pour dire que l’amour est un poison dont il faut s’éloigner,
Apollinaire réutilise le mythe de la femme fleur déjà utilisé par beaucoup
d’autres poètes. Mais dans cette comparaison, l’amour de la femme est toujours
une souffrance. En effet, le poète compare la femme qu'il aime à une fleur
belle, mais vénéneuse, le colchique. Cette femme aux yeux violets est jolie et
séduisante mais elle fait souffrir le poète d'un mal mortel en ne répondant pas
à son amour, comme s'il goûtait à un colchique qui contenait du venin. Dans ce
poème, le poète établit le parallélisme entre la nature et son monde intérieur.
Ainsi il décrit ce qu'il voit autour de lui et le ramène à sa douloureuse
expérience. Le poète nous peint d'abord son mal et décrit sa bien-aimée à
travers de nombreuses images du domaine de la nature. Tout d’abord, la femme
est présentée à travers le regard (yeux, paupières). Il y a une construction en
miroir: les animaux s’empoisonnent par la fleur et le poète s’empoisonne aussi.
Il y a un étiolement de l’amour qui devient un faux-amour. En outre, le poète
s’appuie sur les figures de styles afin de démontrer la femme en une fleur
toxique, à titre d’exemple dans le vers 4 : «le colchique couleur de
cerne et de lilas»; la fleur est comparée à une couleur de cerne des yeux, donc
c’est une personnification en femme.
Ainsi
qu’en vers 5 et 6 : « Tes yeux sont comme cette fleur là, violâtres
comme leur cerne et comme cet automne» : la comparaison est faite entre la
fleur et les yeux. Les yeux sont comme la fleur qui est violette comme les
cernes des yeux et comme l’automne. L’utilisation du pluriel «s» en (violâtres)
apparente les yeux aux cernes.
De
plus, en vers 11 : « Les colchiques qui sont comme des mère filles de
leur filles et sont couleur de tes paupières » : à nouveau la femme
est comparée à la fleur et le poète renverse l’image. L’autre élément féminin,
c’est « les mères filles de leurs filles », en effet, au printemps,
le colchique donne des fruits et des fleurs en automne, il y a une inversion du
temps et de la logique. De même, les vers 10-11-12 : « les colchiques
qui sont comme des mères fille de leurs filles et sont couleur de tes paupières
qui battent comme les fleurs battent au vent dément », ce sont des vers
libres à 14 pied : c’est l’extension maximale de l’alexandrin qui permet
d’introduire une autre comparaison : les paupières sont comparées aux fleurs.
Donc les paupières et les fleurs vont se flétrir puisqu’elles battent. Aussi, le
vers s’étire comme l’amour s’étire, comme la fleur flétrit par le battement du
vent. Alors, la femme est démontrer étant un être
envoûtant, hypocrite et mortifère. La femme est ensorceleuse et elle a la
capacité à hypnotiser l’homme et le rendre fou. Notamment, elle est figurée
qu’hypocrite ; le pré est joli mais toxiques la femme aussi est séduisante
mais dangereuse. Les femmes paraissent coquettes par contre c’est juste pour
masquer qu’elle est maléfique et mortifère.
Enfin, le poète souligne le
raisonnement suivante, que la vache stupide mange les colchiques, l’enfant naïf
les cueille, le poète candide aime la femme. Par conséquent, la vache
s’empoisonne par la fleur et le poète s’empoisonne par le charme de la
femme.
En deuxième
lieu, Appolinaire dans ce poème emploie le surréalisme, c’est un mouvement
artistique et littéraire qui date de la première moitié du 20eme siècle entre
les deux grandes guerres. En effet, ce mouvement ainsi que le symbolisme consistent
à exprimer ses émotions et sentiments d’après la réalité, les objets et la
nature. Dans ce cas, le poème est généralement une métaphore tout entière,
l’auteur utilise cette figure de style tout au long du poème afin d’exprimer
ses mélancolies et chagrins. Ce poème prend place dans un cadre automnal, plus
exactement dans un pré où la nostalgie et le danger s'opposent à la gaieté et
la beauté. Dans ce poème, le danger majeur semble être la fleur du colchique
qui bien qu'elle soit belle mais aussi vénéneuse. Puis des vaches mangeant
ces fleurs vénéneuses aux couleurs de lilas, s'y empoisonnent lentement alors
que surviennent, jouant de la musique, des jeunes enfants revenus de l'école
pour les cueillir, brisant ainsi une atmosphère paisible. Nous avons deux
principaux éléments symboliques, ce sont premièrement les vaches ; symbole
des hommes qui s’empoisonnent et tombent dans le charme des femmes, mais
également ces mammifères au repos donnent une impression de lenteur au texte.
On pourrait très bien les imaginer meuglant de façon monotone ce qui
accentuerait davantage la lenteur de ce texte.
D'autre part,
l'assonance en « an » du vers quatorze « tandis que lentes et
meuglant les vaches abandonnent » contribue à cette effet de lenteur et
accentue encore plus cette monotonie, ainsi que la patience et l’amour qui se
dégrade avec le temps. En revanche, les femmes sont illustraient comme des
colchiques empoisonnés qui exercent du charme maléfique et malfaisant. Et cela
est évident grâce, d’abord à la contradiction de «jolie » et
« vénéneux » dans le premier vers. En outre, la répétition du mot
« comme » plus que cinq fois, tout au long du poème, met en exergue
le fait qu’il, sans doute, compare la réalité avec sa propre situation et
manœuvre. En addition, comme dans tous les poèmes d’amour lyrique, un
« je » s’adresse à un « tu » : c’est un système énonciatif
caractéristique du lyrisme, et le « je » présent au vers 7 par « ma
vie » ; le « tu » dans « tes yeux» au vers 7, également
le mot «yeux» est un synecdoque de la femme tout entière. D’ailleurs, le poète
aborde deux autres thèmes antinomiques et contradictoires ; c’est la vie
et la mort. Premièrement, la vie est provoquée à travers le bruit des écoliers
revenant de l’école, la présence de l’allitération de « k » dans la deuxième
strophe, évoque un son dure et brutale. Contrairement qu’au début et la fin qui
sont marqués par la prépondérance de l’assonance « ant » et
« ou » qui donne une tonalité éploré. Le son « ou », par
exemple, dans « Le gardien du troupeau chante tout doucement » donne
un effet vide, une progression et approche de la mort. Bref, les colchiques
sont enfin toxiques pour les animaux, ainsi que les femmes pour les hommes. Il
existe un autre point de comparaison : c’est la notion de temps pour symboliser
la conséquence qui peut être la mort (lentement, tout doucement). La relation
se fait autour du verbe empoisonner et de l’adverbe lentement pour insister sur
la lenteur des animaux et de la mort. Nous avons un sentiment d’étirement de
quelque chose dont nous ne voyons pas la fin.
En
troisième lieu, la structure du poème ressemble quelque peu à celle du sonnet,
forme poétique utilisée pour exprimer l'amour, bien que celle-ci est
désarticulée et bien moins régulière. Par ailleurs, l'alternance entre la
dureté du son [k] avec la lenteur du son [an] ainsi que les rimes, les vers et
l'absence de ponctuation rendent le texte particulièrement ambigu. Plusieurs
interprétations s'offrent au lecteur tant la structure du poème est équivoque
et irrégulière. Apollinaire semble vouloir montrer par l'utilisation
désarticulée de la forme du sonnet, qu'il est empoisonné par un amour
impossible comme les vaches le sont par les colchiques. En addition, ce poème
est composé de trois strophes de longueur différente et irrégulière, la
première compte sept vers, la seconde en compte cinq, et la dernière en compte
trois. Nous observons donc une diminution du nombre de vers, que nous pouvons
le comparer à la vie des vaches et à l'amour du poète. D’ailleurs, ce poème représente
un amour malheureux, nous avons l'impression que seul le poète éprouve et
exprime de l'amour pour la femme et que cet amour n'est donc pas réciproque. Le
poète n'est présent qu'au septième vers en disant : « Ma vie ».
L'atmosphère de ce poème est lourd, triste, nous avons l'impression d'une
lenteur exagérée afin de mieux représenter le malheur de cet amour impossible. De plus,
nous avons tout au long du poème une évolution, en terme de structure comme
nous l’avons vu, mais aussi le lieu et l’état mental. Tout d’abord, on a le
pré qui va évoluer entre le premier et le dernier vers du poème. Vénéneux sous
entend dangereux, mais il est contrecarré par mais joli. Ainsi, le pré est gai.
Le sentiment d’abandon n’est pas encore marqué car les vaches y paissant. A la
fin, il devient grand car il est vide. Ensuite, il devient mal fleuri. Au
début, en automne est une explication alors qu’à la fin, c’est la faute de
l’automne. Ce lieu construit le sentiment d’une fin d’amour. D’autre part, il
soutient ses thèmes exploités d’après la structure, ainsi il met en place les
trois étapes essentielles de la souffrance. En fait, lors de la souffrance
l’être humain passe par trois différentes phases, premièrement le dénie, puis
le courroux ou la colère et finalement l’acceptation ou l’abandon. D’ailleurs,
chacune des trois strophes représente une période, la première figure le dénie
puisque les vaches ne sont pas au courant que « le pré est vénéneux »,
par suite ils continuent de « y paiss(er) et lentement
s’empoisonnent ». Ultérieurement, dans la deuxième strophe avec le mot
« dément », qui provoque la folleté et la rage, nous déduisons qu’il
y a une prise de conscience et de la colère. Egalement, dans la troisième
strophe, l’acceptation arrive avec «lentes et meuglant les vaches abandonnent»,
les vaches finalement abandonnent ainsi qu’Appollinaire omet sa bien aimée. De plus si nous remarquons dans chaque strophe
nous avons un vers excentrique parmi les autres en terme de terminaison et son,
mais aussi sans être accompagnée par un autre vers pour former un rime. Dans la
premiers strophe, c’est le deuxième vers : « Les vaches y
paissant » qui provoque l’inconscience. Puis dans la deuxième
strophe : « Qui battent comme les fleurs battent au vent
dément » qui illustre la rage. Dernièrement, dans la troisième strophe le
vers anormal est : « Le gardien du troupeau chante tout
doucement » ce qui évoque le relaxation et l’acceptation. Donc, ce poème
possède une structure originale puisqu’il ne respecte pas les règles de
versification. De plus, nous pouvons dire que c’est un sonnet, malgré
l’ambiguïté et les différences de la structure.
Pour conclure, c’est un poème autobiographique traitant un amour
toxique. Le cadre construit une image négative de la femme ; le mythe de la
femme fleur est détourné, et l’auteur dénonce l’hypocrisie de la femme et les
dangers de la passion. A la fin, il reste simplement le poète dans sa douleur,
dans un monde où tout s’éloigne. En outre, le poète exprime sa mélancolie en
construisant une forme moderne de versification et lyrisme. Ainsi qu’utilisant
le surréalisme et le symbolisme. Finalement, s'il fallait condenser le poème
dans un seul vers, cela sera la suivante : « Et ma vie pour tes yeux
lentement s'empoisonne ». Pourtant, est ce qu’il est préjugé d’avoir
symboliser la femme ainsi, ou est ce qu’il a le droit de faire cela d’après ses
expériences chagrineuses ?
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