Monday, June 3, 2013

Commentaire composé : Les Colchiques, Guillaume Apollinaire



Quelle est l'émotion qui a mystifié tout le monde? Quelle est l'émotion qui a commencé beaucoup de guerres comme il l'a fini? Quelle émotion a eu plus de pièces de théâtre, des chansons et des poèmes? C’est l'amour ; l’émotion qui se fait des ennemis en amis et les amis en ennemis. Tant de légendes entourent cette émotion, de la déesse Athéna et Hélène de Troie de Roméo et Juliette de Shakespeare. L'amour vient dans tant de différents niveaux, amour de la famille, frères et sœur, mère enfant et même celui de l’amitié. Cependant un autre niveau à l'amour, est le lien qui rapproche l'homme et la femme ensemble. Ce niveau est parmi les meilleurs de touts. Mais aussi le pire de touts. Comme l’amour peut nous rendre fortuné et satisfaisant, il peut également nous rendre miséreux et pitoyable. A titre d’exemple dans le poème d’Apollinaire : les colchiques, l’auteur souffre de sa bien aimée Annie Playden et aborde le thème de l’amour et la souffrance a travers plusieurs aspects, tout d’abord par un renversement d’un cliché, ensuite par l’utilisation du symbolisme et le surréalisme, enfin en jouant avec la structure du poème. La problématique du texte porte sur le genre même du texte : il s'agit bien ici de poésie, dans le sens où c'est un texte en vers, constitué de strophes, d'alexandrins plus ou moins réguliers, et de rimes. Mais en quoi ce poème est-il novateur, tant en ce qui concerne la forme qu'en ce qui concerne les thématiques abordées? Autrement dit : Comment Apollinaire a-t-il présenté une image de la femme d’une manière novatrice, surréaliste et symbolique ?

En premier lieu, pour dire que l’amour est un poison dont il faut s’éloigner, Apollinaire réutilise le mythe de la femme fleur déjà utilisé par beaucoup d’autres poètes. Mais dans cette comparaison, l’amour de la femme est toujours une souffrance. En effet, le poète compare la femme qu'il aime à une fleur belle, mais vénéneuse, le colchique. Cette femme aux yeux violets est jolie et séduisante mais elle fait souffrir le poète d'un mal mortel en ne répondant pas à son amour, comme s'il goûtait à un colchique qui contenait du venin. Dans ce poème, le poète établit le parallélisme entre la nature et son monde intérieur. Ainsi il décrit ce qu'il voit autour de lui et le ramène à sa douloureuse expérience. Le poète nous peint d'abord son mal et décrit sa bien-aimée à travers de nombreuses images du domaine de la nature. Tout d’abord, la femme est présentée à travers le regard (yeux, paupières). Il y a une construction en miroir: les animaux s’empoisonnent par la fleur et le poète s’empoisonne aussi. Il y a un étiolement de l’amour qui devient un faux-amour. En outre, le poète s’appuie sur les figures de styles afin de démontrer la femme en une fleur toxique, à titre d’exemple dans le vers 4 : «le colchique couleur de cerne et de lilas»; la fleur est comparée à une couleur de cerne des yeux, donc c’est une personnification en femme.

Ainsi qu’en vers 5 et 6 : « Tes yeux sont comme cette fleur là, violâtres comme leur cerne et comme cet automne» : la comparaison est faite entre la fleur et les yeux. Les yeux sont comme la fleur qui est violette comme les cernes des yeux et comme l’automne. L’utilisation du pluriel «s» en (violâtres) apparente les yeux aux cernes.

De plus, en vers 11 : « Les colchiques qui sont comme des mère filles de leur filles et sont couleur de tes paupières » : à nouveau la femme est comparée à la fleur et le poète renverse l’image. L’autre élément féminin, c’est « les mères filles de leurs filles », en effet, au printemps, le colchique donne des fruits et des fleurs en automne, il y a une inversion du temps et de la logique. De même, les vers 10-11-12 : « les colchiques qui sont comme des mères fille de leurs filles et sont couleur de tes paupières qui battent comme les fleurs battent au vent dément », ce sont des vers libres à 14 pied : c’est l’extension maximale de l’alexandrin qui permet d’introduire une autre comparaison : les paupières sont comparées aux fleurs. Donc les paupières et les fleurs vont se flétrir puisqu’elles battent. Aussi, le vers s’étire comme l’amour s’étire, comme la fleur flétrit par le battement du vent. Alors, la femme est démontrer étant un être envoûtant, hypocrite et mortifère. La femme est ensorceleuse et elle a la capacité à hypnotiser l’homme et le rendre fou. Notamment, elle est figurée qu’hypocrite ; le pré est joli mais toxiques la femme aussi est séduisante mais dangereuse. Les femmes paraissent coquettes par contre c’est juste pour masquer qu’elle est maléfique et mortifère.
Enfin, le poète souligne le raisonnement suivante, que la vache stupide mange les colchiques, l’enfant naïf les cueille, le poète candide aime la femme. Par conséquent, la vache s’empoisonne par la fleur et le poète s’empoisonne par le charme de la femme.

En deuxième lieu, Appolinaire dans ce poème emploie le surréalisme, c’est un mouvement artistique et littéraire qui date de la première moitié du 20eme siècle entre les deux grandes guerres. En effet, ce mouvement ainsi que le symbolisme consistent à exprimer ses émotions et sentiments d’après la réalité, les objets et la nature. Dans ce cas, le poème est généralement une métaphore tout entière, l’auteur utilise cette figure de style tout au long du poème afin d’exprimer ses mélancolies et chagrins. Ce poème prend place dans un cadre automnal, plus exactement dans un pré où la nostalgie et le danger s'opposent à la gaieté et la beauté. Dans ce poème, le danger majeur semble être la fleur du colchique qui bien qu'elle soit belle mais aussi vénéneuse. Puis des vaches mangeant ces fleurs vénéneuses aux couleurs de lilas, s'y empoisonnent lentement alors que surviennent, jouant de la musique, des jeunes enfants revenus de l'école pour les cueillir, brisant ainsi une atmosphère paisible. Nous avons deux principaux éléments symboliques, ce sont premièrement les vaches ; symbole des hommes qui s’empoisonnent et tombent dans le charme des femmes, mais également ces mammifères au repos donnent une impression de lenteur au texte. On pourrait très bien les imaginer meuglant de façon monotone ce qui accentuerait davantage la lenteur de ce texte.

D'autre part, l'assonance en « an » du vers quatorze « tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent » contribue à cette effet de lenteur et accentue encore plus cette monotonie, ainsi que la patience et l’amour qui se dégrade avec le temps. En revanche, les femmes sont illustraient comme des colchiques empoisonnés qui exercent du charme maléfique et malfaisant. Et cela est évident grâce, d’abord à la contradiction de «jolie » et « vénéneux » dans le premier vers. En outre, la répétition du mot « comme » plus que cinq fois, tout au long du poème, met en exergue le fait qu’il, sans doute, compare la réalité avec sa propre situation et manœuvre. En addition, comme dans tous les poèmes d’amour lyrique, un « je » s’adresse à un « tu » : c’est un système énonciatif caractéristique du lyrisme, et le « je » présent au vers 7 par « ma vie » ; le « tu » dans « tes yeux» au vers 7, également le mot «yeux» est un synecdoque de la femme tout entière. D’ailleurs, le poète aborde deux autres thèmes antinomiques et contradictoires ; c’est la vie et la mort. Premièrement, la vie est provoquée à travers le bruit des écoliers revenant de l’école, la présence de l’allitération de « k » dans la deuxième strophe, évoque un son dure et brutale. Contrairement qu’au début et la fin qui sont marqués par la prépondérance de l’assonance « ant » et « ou » qui donne une tonalité éploré. Le son « ou », par exemple, dans « Le gardien du troupeau chante tout doucement » donne un effet vide, une progression et approche de la mort. Bref, les colchiques sont enfin toxiques pour les animaux, ainsi que les femmes pour les hommes. Il existe un autre point de comparaison : c’est la notion de temps pour symboliser la conséquence qui peut être la mort (lentement, tout doucement). La relation se fait autour du verbe empoisonner et de l’adverbe lentement pour insister sur la lenteur des animaux et de la mort. Nous avons un sentiment d’étirement de quelque chose dont nous ne voyons pas la fin.


En troisième lieu, la structure du poème ressemble quelque peu à celle du sonnet, forme poétique utilisée pour exprimer l'amour, bien que celle-ci est désarticulée et bien moins régulière. Par ailleurs, l'alternance entre la dureté du son [k] avec la lenteur du son [an] ainsi que les rimes, les vers et l'absence de ponctuation rendent le texte particulièrement ambigu. Plusieurs interprétations s'offrent au lecteur tant la structure du poème est équivoque et irrégulière. Apollinaire semble vouloir montrer par l'utilisation désarticulée de la forme du sonnet, qu'il est empoisonné par un amour impossible comme les vaches le sont par les colchiques. En addition, ce poème est composé de trois strophes de longueur différente et irrégulière, la première compte sept vers, la seconde en compte cinq, et la dernière en compte trois. Nous observons donc une diminution du nombre de vers, que nous pouvons le comparer à la vie des vaches et à l'amour du poète. D’ailleurs, ce poème représente un amour malheureux, nous avons l'impression que seul le poète éprouve et exprime de l'amour pour la femme et que cet amour n'est donc pas réciproque. Le poète n'est présent qu'au septième vers en disant : « Ma vie ». L'atmosphère de ce poème est lourd, triste, nous avons l'impression d'une lenteur exagérée afin de mieux représenter le malheur de cet amour impossible. De plus, nous avons tout au long du poème une évolution, en terme de structure comme nous l’avons vu, mais aussi le lieu et l’état mental. Tout d’abord, on a le pré qui va évoluer entre le premier et le dernier vers du poème. Vénéneux sous entend dangereux, mais il est contrecarré par mais joli. Ainsi, le pré est gai. Le sentiment d’abandon n’est pas encore marqué car les vaches y paissant. A la fin, il devient grand car il est vide. Ensuite, il devient mal fleuri. Au début, en automne est une explication alors qu’à la fin, c’est la faute de l’automne. Ce lieu construit le sentiment d’une fin d’amour. D’autre part, il soutient ses thèmes exploités d’après la structure, ainsi il met en place les trois étapes essentielles de la souffrance. En fait, lors de la souffrance l’être humain passe par trois différentes phases, premièrement le dénie, puis le courroux ou la colère et finalement l’acceptation ou l’abandon. D’ailleurs, chacune des trois strophes représente une période, la première figure le dénie puisque les vaches ne sont pas au courant que « le pré est vénéneux », par suite ils continuent de « y paiss(er) et lentement s’empoisonnent ». Ultérieurement, dans la deuxième strophe avec le mot « dément », qui provoque la folleté et la rage, nous déduisons qu’il y a une prise de conscience et de la colère. Egalement, dans la troisième strophe, l’acceptation arrive avec «lentes et meuglant les vaches abandonnent», les vaches finalement abandonnent ainsi qu’Appollinaire omet sa bien aimée.  De plus si nous remarquons dans chaque strophe nous avons un vers excentrique parmi les autres en terme de terminaison et son, mais aussi sans être accompagnée par un autre vers pour former un rime. Dans la premiers strophe, c’est le deuxième vers : « Les vaches y paissant » qui provoque l’inconscience. Puis dans la deuxième strophe : « Qui battent comme les fleurs battent au vent dément » qui illustre la rage. Dernièrement, dans la troisième strophe le vers anormal est : « Le gardien du troupeau chante tout doucement » ce qui évoque le relaxation et l’acceptation. Donc, ce poème possède une structure originale puisqu’il ne respecte pas les règles de versification. De plus, nous pouvons dire que c’est un sonnet, malgré l’ambiguïté et les différences de la structure.


Pour conclure, c’est un poème autobiographique traitant un amour toxique. Le cadre construit une image négative de la femme ; le mythe de la femme fleur est détourné, et l’auteur dénonce l’hypocrisie de la femme et les dangers de la passion. A la fin, il reste simplement le poète dans sa douleur, dans un monde où tout s’éloigne. En outre, le poète exprime sa mélancolie en construisant une forme moderne de versification et lyrisme. Ainsi qu’utilisant le surréalisme et le symbolisme. Finalement, s'il fallait condenser le poème dans un seul vers, cela sera la suivante : « Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne ». Pourtant, est ce qu’il est préjugé d’avoir symboliser la femme ainsi, ou est ce qu’il a le droit de faire cela d’après ses expériences chagrineuses ?

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